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Le reportage, version light

deweb’s redif

Suite aux deux posts précédents, voyons maintenant comment les équipes de reportage télé sont passées de quatre à une ou deux personnes.

Il y a des raisons technologiques. Déjà avec la Bétacam, la cadreur portait seul ce qui enregistrait sons et images, c’était nouveau.  Avec l’arrivée des petites caméras numériques, Sony PD 150 ou  Z7 par exemple,  cet aspect purement pratique et logistique a pris de l’ampleur. Tout est devenu beaucoup moins lourd, sauf la lumière mais c’est l’élément qui sera souvent sacrifié.

 

Interview pour Culture Pub équipe de 3

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Tournage en Betacam à l’Exploradome de Paris en 1993. L’équipe a déjà perdu l’assistant lumière mais l’ingé son est encore là.

 

L’autre grand changement est économique et politique. Avec la multiplications des chaînes de télévision, la fin du monopole public et la naissance des premières grandes chaînes privées comme Canal +, feu la 5 et M6, puis avec l’arrivée des réseaux câblés, du satellite  et de la TNT, des myriades de moyennes et petites chaînes sont nées. Et ont du produire des heures de programme avec de très faibles moyens. Sans pouvoir se permettre d’envoyer 4 personnes sur un reportage, évidemment.

Ainsi se sont créés de nouveaux modèles de production, plus économiques _ou beaucoup plus_  selon les chaînes et les sociétés de production.

Dans le meilleur des cas, aujourd’hui, l’équipe compte trois personnes : le journaliste, le cadreur et l’ingénieur du son. Généralement, le caméraman s’occupe  aussi de la lumière tandis que l’ingé son conduit la voiture. Penaud, le journaliste se propose alors pour porter le pied de caméra… Histoire d’échapper à la corvée ultime : faire rouler  l’enclume (la valise lumière) lorsqu’elle est de sortie .

Bien plus souvent souvent, le cadreur est seul avec le journaliste. Dans cette configuration, plus moyen d’aller percher le son au plus près de l’action comme le sondier le faisait auparavant (les micros ne possèdent en effet pas de fonction zoom comme les optiques de caméra). On se débrouille alors en équipant l’invité d’un micro cravate relié en HF à la caméra  et les niveaux sont réglés automatiquement. Ou alors, on équipe la caméra d’un micro assez directif et on filme au plus près de l’action avec un grand angle.

Sam, avec qui je travaille très souvent en duo.

Sam fait le cadre, le son et la lumière. Bon, là on est à Cannes en juin, ça compense. 

Pour la lumière, soit le cadreur à le temps de l’installer ou alors c’est rien, ou presque. Seul secours : à l’extérieur, un réflecteur en intérieur et la nuit, la minette, un genre de spot installé au dessus de l’objectif et qui donne un éclairage cru et des ombres très moches mais coco, c’est pas grave, c’est du news. Généralement et même dans ces configuration ad minima, il reste encore un journaliste pour poser les questions, préparer une interview, enquêter, trouver les bons témoins… faire son taf quoi !

Je précise car il arrive aussi que le cadreur soit seul et doive s’occuper de tout cela en plus. Et là franchement, ça devient n’importe quoi héroïque. Le type doit être très très polyvalent, très rapide et avoir beaucoup de chance s’il veut être certain de rapporter quelque chose d’utilisable à la maison. Dans ce cas, pensez-vous, les salaires suivent.  Cette énorme polyvalence est donc récompensée comme il se doit. Et bien, non ! Ce sont même souvent des jeunes qui veulent faire leurs preuves et qui sont lamentablement exploités par un système où les chaînes font la loi, baissant année après années les budgets et contraignant les petits producteurs à sous-payer leur personnel. Au nom de la diversité des programmes et de la libre concurrence, cela va de soi.

 

Dans ces premiers trois posts, je n’ai parlé que de reportage. Je reviendrai plus tard sur les évolutions dans les autres étapes de production d’un reportage : le montage, le mixage, l’étalonnage… En effet, ces questions concernent de plus en plus les journalistes à qui on demande de plus en plus de polyvalence, pour les mêmes raisons qui ont conduit les équipes de tournage des conditions normales à peau de chagrin.

Il est vrai qu’avec le tout-numérique et la baisse considérable des outils de post-production, il devient possible de faire du très bon travail tout seul, avec la suite Final Cut Studio par exemple. À condition d’apprendre non seulement l’usage du logiciel, mais aussi les métiers : la prise de son, le montage, le mixage, l’étalonnage… De connaître un minimum de théorie de la vidéo, du son, des techniques de compression numérique etc.

Toutes celles et ceux que la vidéo, la télévision et aujourd’hui la Web TV intéressent devront à l’avenir connaître de plus en plus de choses, qu’ils soient journalistes, auteurs, réalisateurs, cadreurs, monteurs… Les uns devront apprendre au minimum les rudiments des métiers des autres. Ou plus !

 

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About videodeweb

Je suis journaliste, auteur de documentaires et de reportages pour la télévision. Ayant une double formation (journaliste et technicien de l'audiovisuel), je suis passionné par les nouveaux outils numériques et les perspectives qu'ils offrent et m'intéresse de près à ce sujet auquel ce blog est dédié.

4 responses to “Le reportage, version light”

  1. Jean Paul says :

    Bravo à vous Remy pour vos nouveaux articles concernant la description de votre métier. Je fais partie de ceux qui passionné, mais autodidacte s’est lancé dans cette belle aventure qu’est le tournage montage en solo en créant une Web TV. Je recherche évidemment beaucoup d’informations et je trouve des réponses à mes interrogations chez vous. Je trouve formidable et exceptionnel votre sens du partage et je voulais vous en remercier ici. Jean Paul

  2. Patrick Bourg says :

    Toujours aussi passionnant Rémy ! Mais puisque tu es ingénieur son de formation, ne pourrais tu pas faire quelques tutos sur les traitements sons un peu sophistiqués qui te semblent les plus indispensables (type channel EQ, compressor, Limiter ou autre !) : je fais beaucoup de montagne (donc de gopro) et je suis sidéré par les rattrapages sons qu’on peut faire (vent ? quel casse tête; mettre en valeur des voix noyées dans la masse etc) mais je patauge pas mal et tes conseils-directions seraient les biens venus;
    merci d’avance
    Patrick

  3. Rael says :

    Ça ne serait pas un M88 au bout de la perche ça ?? 🙂

  4. CHAUX says :

    Témoignage intéressant. Merci.

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