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Dis papy, c’était comment la télé avant ?

 

 

Deweb’s redif

Pour fêter les 5 ans de ce blog, je re-publie ces jours-ci mes premiers billets qui vous auront sans doute échappé, voici le tout premier (réactualisé pour ce qui est de mon âge).

Je suis journaliste télé et j’ai 57 ans.

Avant d’être journaliste, j’ai été ingénieur du son ( école Louis Lumière promo 1977).

J’ai à ce titre fait mes premières piges dans les stations régionales de FR3, allant de ville en ville pour des contrats de 1 semaine à 6 mois pour pallier aux maladies ou congés divers des ingénieurs du son statutaires de FR3. A l’époque, le journal télévisé régional du soir était composé de reportages tournés avec des équipes de quatre personnes et des caméras 16 mm. Comme au cinéma…

L’équipe de reportage comprenait donc :

– le journaliste ou « le baveux », son stylo, son bloc-note,

– le caméraman  ou « le cadreur », sa caméra Eclair, ses pellicules,

– l’ingénieur du son ou « le sondier », son Nagra ou Stellavox à bande lisse, pas des cassettes, des bandes,

– l’assistant, ou « l’éclairo », sa valise lumière et son permis B, c’est lui qui tenait le volant.

 

FR3 Lille, 1977

L’équipe FR3 type en 1977 pour l’inauguration d’un nouveau moteur Renault : le journaliste, le cadreur, l’ingé son (moi) et l’assistant lumière.

Pour donner une idée aux plus jeunes, voici comment était confectionné un sujet TV standard de 2 minutes et 30 secondes pour le journal du soir.

9h, conférence de rédaction, le journaliste bosse, les autres sont à la machine à café, si ça existait déjà et c’était déjà inbuvable et cher.

10h, départ en reportage, branle-bas de combas, vérification du  matériel. Le pigiste son avait intérêt à vérifier son matériel avant de partir. Mieux payé (intérimaire dons pas de sécurité de l’emploi mais paye plus grosse et frais de missions pour l’hôtel et les restaurants), le pigiste suscitait d’énormes jalousies chez certains de ses collègues, heureusement minoritaires, mais parfois assez vicieux. Le truc classique, c’était d’attaquer au rasoir un câble micro juste à l’intérieur d’une de ses boucles. Une petite incision. Ainsi lorsque l’ingé son testait le câble plié en boucle, ce dernier fonctionnait, mais dès qu’il le déroulait pour l’utiliser, il ne marchait plus. Grrrr…

11h30, arrivée sur place après 200 km en moyenne de voiture. Le cadreur fait 3 ou 4 plans de coupe (le panneau indicateur de la ville et 3 ou 4 minutes d’images pouvant servir à illustrer le sujet).  L’ingé son prend des sons d’ambiance de son côté. Le journaliste prépare son  interview.

12h. Interview. L’équipe est au complet. L’assistant a préparé la lumière avec le cadreur. Le journaliste fait un clap à l’image pour que le monteur puisse ensuite synchroniser le son du magnétophone et l’image de la caméra. C’est parti pour quelques minutes d’interview. La pellicule de la caméra ne faisant que 10 à 15 minutes de long, pas de discours fleuve ou de relance inutile, le journaliste allait à l’essentiel, une des choses que l’on a perdu avec le matériel d’aujourd’hui, le sens de la concision et de la question juste.

12h30. Derniers plans d’illustrations utiles. 13h, déjeuner souvent bien arrosé, on est en région et il faut honorer les produits du terroir comme il se doit. 14h, retour à FR3. Heureusement, pas d’alcootest sur les routes à l’époque…

15h30. Arrivé au bercail, le journaliste part écrire son commentaire. Le cadreur envoie sa pellicule au laboratoire pour le développement. L’ingé son va au repiquage, une opération qui consiste à recopier la bande lisse de son magnétophone sur une bande 16mm  perforée,  similaire à une pellicule de film mais recouverte d’oxydes magnétiques. Pour la faire courte, cette opération corrige les défaut de synchronisation entre image et son inhérents aux magnétophones à bandes.

17h. Le monteur commence son travail sur la table de montage où sont regroupées les deux pellicules, image et son, qu’il coupe et monte avec des lames et du scotch. Ce qu’on appelle aujourd’hui un chutier en montage virtuel était alors une sorte de poubelle au dessus de laquelle les bouts de pellicules images et son présélectionnés étaient suspendus. Souvent, c’étaient ses doigts que le monteur entaillait avec la pellicule. Ces derniers devaient porter des gants qui les ralentissaient, la plupart ne les portait donc pas. J’adorais regarder travailler les monteurs, c’était de la pure folie de faire ça si vite et bien. Une heure plus tard, à 18h, le sujet devait être bouclé car le journaliste avait encore à enregistrer son commentaire en cabine avant le début de journal, vers 19h.

C’est pas par nostalgie que je vous raconte tout cela mais pour bien peser ce que les progrès technologiques ont apporté… ou détruit, c’est selon.

Dans le prochain post,  je vous raconte par quelles étapes on est passé du journal tourné en 16 mm au journaliste à la i-télé, à l’équipe de tournage réduite à une seule personne, au journaliste-cadreur-sondier, au tout numérique, à ses avantages et ses défauts.

A bientôt.

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About videodeweb

Je suis journaliste, auteur de documentaires et de reportages pour la télévision. Ayant une double formation (journaliste et technicien de l'audiovisuel), je suis passionné par les nouveaux outils numériques et les perspectives qu'ils offrent et m'intéresse de près à ce sujet auquel ce blog est dédié.

9 responses to “Dis papy, c’était comment la télé avant ?”

  1. Martial Delahaye says :

    C’est super sympa !
    Nostalgie quand tu nous tient !

  2. Degre says :

    Merci pour cette évocation …. Nous sommes à peu près de la même génération, c’est tout dire …
    Cordialement

  3. harant says :

    On aurait pu se connaitre ! j’ai fait pareil démarré par le son avant d’aller vers l’image . FR3 comme beaucoup y avait pas grand chose d’autre à l’époque
    à 2 ans prêts on aurait pu se croiser : moi j’ai 59 🙂

  4. Rael says :

    Je viens de lire votre article et je le trouve rempli de nostalgie… En tant que Sondier moi-même à France Télé, mais a notre époque, je regrette la votre… Maintenant il faut que je me batte pour pouvoir faire des reportages…

    • videodeweb says :

      C’est terrible que les reportages se fasse sans ingé son aujourd’hui, de surcroit sur le service public… Comment retranscrire l’émotion, indispensable à un bon reportage sans une vraie prise de son, des ambiances et pas seulement un cravate sur l’interviewé.

      • Lologramme says :

        Merci Rémy,
        Cela fait un petit bout de temps que je ne rate pas un billet de ton blog, mais les premiers je ne les connaissais pas. Super sympa!!
        Bon anniversaire ;-))

      • Rael says :

        Comme je suis d’accord avec vous….

  5. Sebcolor says :

    Mon père travaillait à France 3. Ça me parle.

  6. Jérome Debaisieux says :

    Très sympa et très drôle!
    Une époque où y avait pas de radar et où on pouvait cloper où on voulait!
    Ça sent le vécu et tous ceux qui ont mis les mains dans le camboui à cette époque s’y retrouvent avec bonheur (j’ai commencé à l’U-Matic)
    Très bon anniversaire et longue vie ;-))

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