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l’U-Matic ou les années noires de l’ingé son

Suite du post précédent : Papy c’était comment avant ?

Pour les ingés son ( pour moi donc), le début des emmerdes arriva sournoisement, petit à petit, à la fin des années 70. Comme souvent, c’est le progrès technologique qui devait tout bouleverser.

Celui-ci ce matérialisa sous un nom  : U-Matic 

Craché comme ça, à part un petit côté sous-marin allemand, pourquoi pas ! L’engin était d’ailleurs plein de promesses. Au lieu d’enregistrer les images sur une pellicule de cinéma 16 mm et les sons sur un magnétophone à bande, l’Umatic permettait de poser les deux à la fois sur de grosses cassettes. Finis les éternels problèmes de synchro son-image. Cette invention remontait déjà à quelques années, mais chez FR3, son arrivée fut lente et se fit région par région. Il fallait changer tous les équipements. Les cadreurs et les monteurs durent aller se former au nouveau standard et à ses machines à l’Institut National de l’Audiovisuel  (INA).

Les ingés son, eux, se tournèrent plutôt vers les salles de sport ou les émissions de Véronique et Davina.

Car concrètement, l’U-Matic se présentait sous la forme d’une grosse caisse métallique de 18 kg arrimée à une étroite bandoulière cisaillant l’épaule, d’une caméra et d’un câble pour relier les deux. Et devinez qui allait se coltiner l’énorme tas de ferraille le magnétoscope pendant des heures entières en courant le plus souvent derrière le cadreur qui ne voulait pour rien au monde rater l’action.  Bibi et ses collègues sondiers. Une épaule démise par le poids du bahut et l’autre fourbue par le bras tenant la perche…  

Les plus vieux hurlèrent et produisirent illico des certifs médicaux attestants de dos cassés ou d’arthroses incompatibles avec le port de la grosse Bertha de l’ U-Matic. Les anciens furent donc confinés au studio et ne partirent plus en reportage. Mais les intermittents comme moi n’avaient pas vraiment le choix.  

Enfin si, le choix, je finis par le faire. Après un week-end éprouvant aux 24h du Mans moto, passé à courir tout autour du circuit accroché par un câble de 2 mètres de long à un cadreur marathonien et stakhano, j’ai eu ma dose de la nouvelle technologie.

 

le-calvaire-du-sondierFR3 Bastia, début des années 80. Il était super sympa ce cadreur, mais à voir la tronche que je fais, on comprend que ça tire un peu trop sur l’épaule.

 

Surtout que quand t’es ingé son, que t’as fait Louis Lum, te retrouver à porter une armoire normande qui enregistrait un son digne d’un poste à galène, avec  un seul Vu-Mètre ressemblant à un témoin de charge de batterie pour miniK7 portatif, un centimètre de long et une toute petite aiguille qui bougeait à peine… tu craques et tu te vois en rêve dans un studio son avec une console de mixage 64 pistes et d’énormes enceintes Elipson.

Pour ma part, ce fut donc exit FR3 et la télé, au moins jusqu’au prochain saut technologique. 

Ce dernier ne tarda pas. Si l’on oublie la légère amélioration de poids et d’image apportée à l’U-Matic sous l’appellation BVU qui ne changea rien à la répartition du travail, la vraie révolution arriva pendant la guerre opposant Britanniques et Argentins sur une île paumée de l’Atlantique sud. En 1982, pour la première fois, un reporter débarqué aux Malouines couvrit une guerre, seul avec une caméra Betacam. La magie, c’est que les fabricants avaient réussi à caser tout ce que contenait la grosse caisse de 18 kg à l’arrière de la caméra. 

Modif apportée le 1 mars 2009  : une autre version de l’histoire veut que ce soit lors de l’invasion de la Grenade par les Américains en 1983 qu’un cameraman français, Michel Parbot, ait le premier réalisé un scoop mondial sur une Betacam. Retenons que c’est lors d’un conflit et sur une île,  soit une situation où l’accès de la presse à l’information est par nature très difficile que cette technique a fait ses preuves. 

Dans ces années, je fis une mutation professionnelle, passant par les radios périphériques, puis les radios libres après mai 81, retournant enfin à la fac grâce au Fongecif ( vive la formation continue !) pour devenir journaliste.

C’est donc à ce titre, pour l’émission Culture Pub en 1991, que je découvris la nouvelle équipe type de reportage. Et réalisais que l’ingé son n’avait alors presque plus rien à porter à part sa perche. L’équipe comportait toujours ses 4 membres ( journaliste, cadreur, ingé son et assistant) mais déjà, surtout dans le privé, les pressions se faisaient sentir. Les assistants mataient leurs pompes… et posaient plein de questions, style : et le bouton d’en bas sur la mixette, il sert à quoi ? ou :  et l’objectif là, il ouvre à combien ?

Dans le prochain post, nous verrons comment on est passé de 4, à 3 puis à 2 et parfois même à une équipe de 1 personne à la télé.

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About videodeweb

Je suis journaliste, auteur de documentaires et de reportages pour la télévision. Ayant une double formation (journaliste et technicien de l'audiovisuel), je suis passionné par les nouveaux outils numériques et les perspectives qu'ils offrent et m'intéresse de près à ce sujet auquel ce blog est dédié.

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